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Mona

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En plus de dix ans de carrière, Emily Loizeau se sera finalement montrée assez avare en terme d’albums studio, puisque «Mona» n’est que le quatrième de la chanteuse franco-britannique. Une discographie éparse qui contraste avec les nombreux projets originaux de l’artiste, tels qu’une relecture théâtrale de quelques-uns des textes de Lou Reed dans son spectacle «Run, Run, Run», ou encore la pièce allégorique dont est tiré cet album.

Une pièce qui s’inspire de l’histoire de sa mère, décédée en début d’année et qui souffrait de troubles psychiatriques, et de son grand-père, marinier anglais au cours de la seconde guerre mondiale. Deux personnages haut en couleur, pour lesquels la chanteuse va tracer un parallèle, au travers de deux protagonistes : Mona, un bébé de 73 ans (référence évidente à «L’étrange histoire de Benjamin Button») atteint de potomanie (besoin irrépressible de boire de l’eau), et un marinier anglais rescapé d’un naufrage.

Un topic de base fort intéressant et qui, s’il n’est pas totalement novateur (Dionysos avec «La mécanique du cœur» ou les Who avec «Tommy» ont déjà exploré la voie de l’album/fable), promettait beaucoup. Hélas, on se retrouve rapidement perdu dans un disque qui manque de transitions et de phases narratives, et les personnes ayant acheté cet opus sans avoir au préalable entendu parler de la pièce de théâtre risque d’être rapidement largués par des textes au contenu bien sibyllin.

De même, on regrettera peut-être une alternance trop fréquente entre français et anglais, un élément qui, s’il n’était pas gênant dans les précédents opus de la chanteuse, nous fait ici perdre le fil de l’histoire. Une histoire qui tend à explorer quelques-uns des thèmes chers à Emily Loizeau : l’héritage entre génération, la mort, la vieillesse ou encore l’univers psychiatrique, hélas les textes ne font qu’effleurer la surface et ne nous interpellent jamais vraiment, là où «La mécanique du cœur» par exemple soulevait de véritables questionnement sur la différence ou l’acceptation de soi.

Voilà pour le fond, qu’en est-il de la forme maintenant? Et bien comme souvent avec la chanteuse, celle-ci revêt de fort beaux atours, au travers de mélopées délicates où le piano se fait omniprésent. En ce sens, on retiendra tout particulièrement le subtil et mélancolique «Eaux sombres», l’envoutant «Deux pianos» ou le chimérique «Ondes». S’essayant au jeu de l’album éclectique, la franco-britannique explore d’autre types de mélodies avec plus ou moins de succès. En positif on retiendra l’électrisant mélopée pop/rock de «I once was a drowing man» ou le franchement pop «Little monkey», qui nous ferait presque penser à du Yaël Naïm. Moins réussis, les titres «Doctor G» et «Who is on the phone» seront à réserver aux amateurs de pop moderne à la sauce Lady Gaga.

Loin d’être un naufrage, ce quatrième opus manque de cohérence et échoue dans son approche narrative, la psychanalyse intérieure tentée par Emily Loizeau restant finalement assez accessoire. Et malgré quelques belles mélopées et des interprétations toujours aussi délicieuses, ce «Mona» sonne comme une petite déception.

Ajouté le 29 Mai 2015 par Bibi