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Je les aime tous

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  • Artiste : Mathilde
  • Genre : Jazz vocal / Variété
  • Année de sortie : 2016

Découverte grâce à l’émission The Voice, un show télévisé dont la qualité n’est plus à prouver… (en même temps avec Florent Pagny et Jenifer dans le jury…), Mathilde est aussi et avant tout une aficionada de jazz, genre qu’elle pratique sur scène depuis de nombreuses années déjà. En compagnie d’une équipe de musiciens expérimentés, la chanteuse nous fait découvrir sa voix caressante à travers cinq compositions originales (pour sept reprises) qui manquent de panache.

Parmi les reprises, on retrouvera bien évidemment celle de Barbara («Dis quand reviendras-tu»), ici réinterprétée avec un débit plus lent et un timbre de voix plus satiné. Si l’artiste a su faire chavirer de nombreux cœurs (tout du moins si j’en crois les divers commentaires de youtube et facebook) grâce à son tour de chant attendrissant, empreint de sensibilité; on ne peut s’empêcher de remarquer la trop grande application qu’elle met dans chaque vers, nous donnant parfois la sensation qu’elle récite, sans jamais s’approprier réellement les paroles.

Une approche très (trop) académique de la chanson, qui ne pardonne pas quand elle s’attaque à des monstres de la chanson française. «La javanaise» de Gainsbourg perd de sa substance et de sa fièvre légendaire, «Sous le ciel de Paris» semble bien triste lorsque l’on a gouté à la version de Piaf, «Une chanson douce» est entachée d’un duo fort peu pertinent avec Marcio Faraco et «Que reste-t-il de nos amours» (Trenet) manque de passion. Abordant l’amour sous toutes ses coutures (charnel, sentimental, amours perdus, amours naissants…), Mathilde en oublierait presque tout ce qui fait le sel de cette émotion si particulière : la chaleur, la passion, la révolte, l’affliction...

Malgré-tout, on retiendra quelques titres sortant du lot : «Je les aime tous» une belle composition personnelle qui laisse enfin s’échapper une voix jusqu’alors trop retenue, «Les nuits d’une demoiselle» reprise truculente de la chanson de Colette Renard, une belle occasion pour notre génération de découvrir l’argot érotique d’antan sur fond de swing délicat, et enfin «Hymne à l’amour» exercice délicat puisqu’ici repris a cappella… avec brio !

Un petit mot sur les musiciens qui sont tout bonnement impeccables. Des notes piquées du piano de Jacky Terrasson sur le titre d’ouverture («Sais-tu (je t’attends)», à cette contrebasse pleine de tension sur la chanson-titre, en passant par les cuivre mélancoliques de Stéphane Belmondo («Je te quitte»), sans oublier le jeu de guitare chatoyé du comparse Vladimir Medail, particulièrement sur «Les amoureux du père Lachaise» : les mélodies compensent bien des interprétations parfois trop pâlottes.

Un premier album un peu timide pour Mathilde. Si le grand public, qui découvrira la plupart des chansons à travers ce disque, devrait y trouver satisfaction, les amateurs de jazz vocal ou les personnes ayant déjà entendu les versions originales des chansons reprises sur «Je les aime tous» risquent de le trouver un peu fade. Néanmoins, voilà une occasion pour les plus jeunes qui regardent The Voice, de découvrir un genre quelque peu disparu, habillant des textes d’une autre époque.

Ajouté le 1er Mai 2016 par Bibi