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A moon shaped pool

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  • Artiste : Radiohead
  • Genre : Pop / Rock
  • Année de sortie : 2016

Relativement discrets depuis la sortie de leur dernier album («The king of limb») en 2011, les membres de Radiohead ont su mettre les fans en émoi au cours des derniers mois. Changement de visuel sur le site internet du groupe, composition d’une chanson pour le dernier James Bond (chanson qui ne sera finalement pas retenue), annonce d’une tournée mondiale : autant d’éléments laissant présager d’un nouvel album. Et à l’heure où de nombreux artistes multiplient les annonces, les buzz et la contre-information pour nourrir indirectement la promotion de leur nouveau disque, le groupe va une nouvelle fois faire preuve d’inventivité en supprimant tous ses comptes sur les réseaux sociaux et tous les contenus de son site internet, et ce une semaine avant la sortie du disque.

Là où d’autres (Kanye West par exemple…) inondent la toile pour rester à la pointe de l’actualité, Radiohead démontre que l’exact opposé marche tout aussi bien, car la disparition du groupe du net aura affolé les médias et les internautes, projetant la formation de Thom Yorke sous les projecteurs. Uniquement disponible en streaming, avant la sortie le 17 juin en format physique, le groupe signe un come-back majestueux avec «A moon shaped pool», qui va sans doute postuler au titre d’album de l’année.

Car au-delà d’une stratégie de communication parfaitement huilée, ce neuvième album du groupe est une pure merveille. Le premier extrait («Burn the witch») paru le 3 mai et qui sert d’ouverture au disque en est l’exemple le plus frappant. Des arrangements à cordes imposants, de douces nappes saturées, la voix mélodieuse de Yorke et une montée en intensité remarquable : un mélange de simplicité et de virtuosité qui laisse augurer du meilleur pour la suite.

Le meilleur, si l’on ne devait retenir que trois morceaux, sera à retrouver sur : «Daydreaming», titre le plus long de l’album, avec cette douce mélopée au piano servie par un Thom Yorke à l’interprétation frissonnante, ces nappes vaporeuses, ces cordes mystiques, une complainte où lumière et ténèbres se côtoient en permanence, jusqu’à ce finish d’une rare mélancolie; plus synthétique, «Ful stop» pourra nous rappeler certaines compositions des Pink Floyd avec cette progression lente mais implacable de claviers psychédéliques, la voix lointaine de Yorke et un finish où l’on retrouve les guitares pleines de tension du duo Greenwood/O’Brien; «The numbers», mélodie plus expérimentale où piano free jazz et guitare sèche laissent place à des arrangements électriques savoureux et des chœurs symphoniques majestueux, offrant cinq minutes de totale évasion pour l’auditeur.

Il serait injuste de résumer ce disque, qui s’étale sur plus de cinquante minutes, à ces quelques morceaux, tant l'ensemble se tient à merveille. Si beaucoup pouvaient reprocher à Yorke un tour de chant trop dolent, ici la voix du leader apparait plus mélodieuse que jamais, rendant ainsi un merveilleux hommage au travail de Godrich, qui arrive par son seul travail de production à mêler apaisement, rage sourde, mélancolie, bonheur et mysticisme à travers onze titres fascinants.

Poignant, «A moon shaped pool» nous laisse avec cette sensation contradictoire, à mi-chemin entre doux spleen et profonde félicité, allégresse et chagrin, rêverie et triste réalité. Des sentiments qui s’opposent comme peuvent s’opposer les sonorités synthétiques et organiques du disque, mais qui se rejoignent pour nous offrir cinquante minutes hors du temps, dans des contrées qu’aucun autre groupe n’aura explorées auparavant. Comme les Beatles avaient su le faire en leur temps, Radiohead redéfinit les contours de la musique moderne et signe un album qui, on l’espère, fera date.

Ajouté le 9 Mai 2015 par Bibi