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A l'origine

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Troisième opus pour Biolay qui après deux albums-concept, va se coup-ci nous offrir un disque plus personnel et surtout plus sombre, à l’image de sa pochette. « A l’origine » va également marquer un tournant artistique pour le chanteur, avec l’apparition de sonorités électro, venant remplacer, et même se mélanger aux orchestrations plus classiques qu’il affectionne.

La chanson titre donne le la, avec ses nappes de synthé lancinantes, limites énigmatiques, accompagnées par une boite à rythme. La voix de Biolay est pour la première fois, légèrement filtrée, et débite avec froideur un texte que j’ai personnellement trouvé assez peu inspiré. Mélange de nostalgie et de critique sociale qui part un peu dans tous les sens, les paroles regorgent de lieux communs et sont bien deçà de ce à quoi nous avait habitué le chanteur.

Etrangement, on enchaine avec un morceau plus conventionnel, retournant à des sonorités acoustiques. On a droit ce coup-ci à un texte sentimental et personnel de la part de Biolay, mais là encore, la mayonnaise ne prend pas vraiment, les paroles que l’on pouvait imaginer plus acerbes au vue du titre (« Mon amour m’a baisé ») se révèlent bien gentillettes dans le fond et sans imagination sur la forme.

Que ce soit au niveau des textes (j’y reviendrai) ou au niveau des mélodies, on a bien du mal à définir une ligne directrice sur cet album, à tel point qu’on a parfois la sensation d’écouter de la musique expérimentale. Si l’on appréciera l’instru rock de « Ma chair est tendre », les arrangements électriques de « Ground zero bar » ou la mélodie au piano simple mais non moins réussie sur « Dans mon dos » ; certains passages ont tendances à vous taper un peu sur les nerfs comme « Cours », rythmé à la façon d’un ska, accompagné par une voix féminine assez insupportable, ou pire encore le duo avec Françoise Hardy (« Adieu triste amour ») dégoulinant de mièvrerie, tant dans la musique que dans les paroles. Je vous parlais de musique expérimentale, et mon propos prend tout son sens à l’écoute des titres « Me voilà bien » et « Tant le ciel était sombre », qui mélangent un peu toutes les sonorités possibles pour un résultat moitié réussi (avec des arrangements très travaillés), moitié indigeste (l’ajout d’une chorale est de trop je pense).

Comme je le disais, au contraire de ses précédents albums, Biolay n’a pas choisi de véritable fil conducteur pour cet opus, mélangeant l’histoire de l’homme (« Ground zero bar », « Me voilà bien », « Tant le ciel était sombre ») et son histoire personnelle (« Mon amour m’a baissé », « Dans mon dos », « Même si tu pars…») comme il mélange les sonorités. Et là aussi le résultat est assez inégal. Si les morceaux « Dans mon dos » sur lequel on sent un Biolay à son aise, usant de métaphores classieuses et acides, ou bien la chanson « L’histoire d’un garçon » qui s’inspire directement de son maitre spirituel Gainsbourg sur l’album « L’histoire de Melody Nelson », sont de franches réussites, certains textes manquent d’allant et surtout de mordant. Chose finalement étonnante quand on connait la réputation du personnage.

Trop audacieux dans la musique, pas assez dans les paroles, voilà comment je pourrai résumer ce troisième album de Biolay, qui n’est clairement pas le plus indispensable de sa discographie, mais qui contient malgré-tout son lot de titres sombres et marquants. Ces titres seront d’ailleurs les prémices à son excellent album « Trash yéyé » qui sortira deux ans plus tard.

Ajouté le 2 Juin 2015 par Bibi